Tout peut arriver (Photo récupérée sur le net).

Tout peut arriver.

Été 2001… Il a 19 ans et se croit comme pour la plupart à cet âge là, INVINCIBLE. Mais il s’apprête à faire une chose dont il était loin de s’imaginer les conséquences et qui lui ôtera toute croyance d’invincibilité. Cet acte, lui changera sa vision, sa perception des choses et du monde, et donc son existence pour le reste de sa vie…

C’est l’après midi, il fait chaud. Il est avec des amis, sur un terrain de basketball dont ils ont dû sauter la grille pour y pénétrer. Ils se racontent des choses de leur âge, et jouent ensemble au basket comme d’ordinaire. Tout se passe normalement, quand d’un seul coup, juste le temps d’un clignement des yeux, tout a changé ! Il est allongé dans le noir !? Il ne comprend pas. Il referme ses yeux puis les ouvre de nouveau. Il est toujours étendu dans le noir. Que s’est-il passé ? Que fait-il là ? Où est-il ? Il tourne alors sa tête sur la droite et aperçoit juste à côté de lui, un lit d’hôpital. Il soulève le drap qui le recouvre et se rend compte qu’il est habillé dans une de ces chemises d’hôpital avec rien d’autre en dessous ! Complètement nu. Arrfff ! Bon, étrangement il ne panique pas plus que ça. S’il est ici, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison. Il se lève, la tête tout de même dans le brouillard, et se dirige vers la porte encadrée d’une lumière. Il sourit en se doutant bien que ce ne doit pas être l’accès au paradis. Il ouvre la porte et sort sa tête dans le couloir. Il regarde à gauche; ce doit être la fin du couloir, il donne sur deux grandes fenêtres. Il regarde à droite; là, le couloir est long, très long puisqu’il n’en voit pas le bout. Il sort de sa chambre et s’engage donc de ce coté. Il avance dans cette lumière qui l’enveloppe et l’éblouit. Il ne comprend toujours rien et se demande vraiment qu’est-ce qu’il peut faire ici. Peut-être qu’il est en train de rêver, mais si c’est le cas, ce rêve paraît alors bien réel. Il sourit de nouveau, à croire qu’il aime bien ça, et continue d’avancer jusqu’à ce qu’un infirmier se présente à lui. L’infirmier lui demande si ça va. Il lui répond que oui. L’infirmier lui demande s’il se souvient de quelque chose. Il lui répond que non. Dans sa tête c’est le trou noir. L’infirmier lui parle de basketball avec des amis. Il lui dit que non, quoique, peut-être que si, maintenant qu’il lui en parle. Il ne sait plus. Le reste de la discussion avec l’infirmier disparait dans le néant. Il se voit assis sur une chaise, de l’autre coté du couloir, devant les grandes vitres. Il a un walkman cd entre les mains et les écouteurs sur les oreilles. Il lance la musique qui lui joue l’album de Shakti, “Remember“. Son regard se plonge dans la vue panoramique qu’offrent les fenêtres depuis le haut de l’hôpital, sur la banlieue parisienne et Paris. L’aube laisse apparaître tranquillement les premiers rayons de soleil. La musique l’apaise et lui donne l’impression d’être cette fois dans un vrai rêve. Devant lui, s’étend un océan d’habitations, des tas de maisons, d’immeubles, de tours, mélangés dans un décor de lumière tamisée, entre nuit et jour, mélange de bleu étoilé et de rouge orangé. Des arbres et des oiseaux perdus croisent sa vue, et aussi, là, au large vers l’horizon, au milieu de tout ça, pointe la Tour Effel, s’illuminant des rayons du lever du soleil.

Le voilà allongé dans son lit d’hôpital, sans savoir quel jour on est. Des amis passent le voir, lui demandent s’il se souvient. Lui, dit que non. Ils lui rappellent le basketball, il se souvient. Cinq minutes plus tard, il leur demande qu’est-ce qu’il fait là. Ils lui rappellent le basketball, il se souvient. Cinq minutes plus tard… Cette situation dure plusieurs jours. Il finit par se souvenir qu’il leur avait déjà demandé plusieurs fois ce qu’il faisait là. Sûrement que sa tête commence enfin à se remettre en place. Au bout d’une semaine, on lui dit qu’on lui a fait un scanner et qu’il n’y a, à priori, pas de lésion cérébrale, et qu’il peut donc à présent sortir d’ici.

Il suppose que d’autres attendent sa place. Et puis la vie, elle, n’attendrait pas, surtout au boulot, on finirait par le remplacer si son affaire traine trop à leur goût. De toute manière il ne va tout de même pas élire domicile ici. Et même s’il se sent encore bizarre dans son corps, sa mémoire va mieux. Maintenant il se souvient…

Alors qu’il joue au basketball avec sa bande d’amis, il trouve la bonne idée de monter sur un banc, avec l’intention d’y réaliser un SUPER DUNK comme les basketteurs américains à la télé. Le banc est installé dans le sens de la longueur, devant le panier de basketball. Il monte dessus prêt pour le grand décollage. Ballon en mains, les yeux fixés sur le cerceau, il s’élance, court, saute et DUNK ! Il reste accroché comme le ferait une all-star de la NBA. Le poids de son corps monte horizontalement, comme s’il s’envolait. Il s’y croirait presque, à l’intérieur de lui il est comme Michael JORDAN ! Jusqu’à ce que ses mains devenues moites se mettent soudainement à glisser ! Dans l’élan, son corps se retourne inévitablement face au sol. Tout se passe en un éclair. Il chute à plat, les bras en avant, emporté par son poids, ses bras n’amortissent rien et se font expulser de chaque coté. Alors dans la centième de seconde qui a suivi, son visage percute de plein fouet le bitume ! Il se relève et se met à courir dans tous les sens, comme si cela allait arrêter cette douleur insupportable. Un ami l’emmène voir un médecin, qui aussitôt lui recoud avec du fil et une aiguille le menton qui s’était ouvert. S’ensuivent des souvenirs qui resteront pour toujours évasifs : Il marche dans la rue avec son ami… Sa tête tourne dans tous les sens, ça ne va pas, il se sent partir… Une route et une voiture arrive sur eux… Son ami arrête la voiture en plein milieu de la route et ils montent dedans… La personne qui conduit demande s’ils se sont battus… Son malaise s’intensifie… Devant lui, la route défile… Déconnection.

Ouais… Maintenant il se souvient de tout ça, et tout ça lui tourne en boucle dans la tête. Il part de l’hôpital, le visage encore esquinté à l’arcade droite et le menton recousu avec les fils qui dépassent. Quand il marche dans la rue, il ne sent plus son corps. C’est comme s’il avançait sur un de ces tapis roulants des longs couloirs souterrains des métros et RER parisiens. Il ne sent pas ses jambes passer l’une devant l’autre, pourtant il voit bien qu’il avance. Il soulève ses bras et ses mains sans les sentir, alors qu’il les voit bien devant lui. C’est étrange, comment est-ce possible ? Il ne sent pas son corps et pourtant il fait tout de même ce qu’il se dit dans sa tête. Dans sa tête ! C’est là qu’il se sent, c’est là qu’il est ! Il réalise qu’il se voit comme s’il était derrière ses yeux. Comme si ses yeux étaient des hublots. Et que derrière ces hublots, il était là, aux manettes de ce corps, tel un pilote dans son cockpit ! Il dirige ce corps humain comme s’il était un corps robotique. C’est complètement fou ! Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que l’Humanité ? Quel est ce monde dans lequel on vit ? Pourquoi sommes-nous là, sur cette terre et dans ces corps ? Quel sens donner à tout cela ? À partir de cet instant là, sa vision sur la compréhension des choses et du monde, venait de changer pour le reste de sa vie…

Au bout de plusieurs mois, il finit par récupérer ses sensations corporelles. En même temps, cette notion de hublot et de robot se dissipe, mais reste une image forte comme marquée au fer rouge dans son esprit. La nuit, il lui arrive de se réveiller en sursaut, quand il revit sa chute dans ses rêves. Depuis son accident, il a maintenant le vertige. Il pense à tous ceux qui ont eu ce genre d’accident, et qui par la suite ont eu moins de chance que lui. Combien se sont retrouvés comme ça, handicapé à cause d’une lésion cérébrale ou pire, sont morts d’une hémorragie interne ? Il en arrive chaque année dans le monde ! Ça aurait pu aussi lui arriver, c’est sûr ! Il se revoit une fois de plus en train de chuter, il réalise qu’il est passé à coté de la mort, et voit la suite de sa vie comme une seconde chance. L’être humain est si fort et si vulnérable à la fois. Alors il comprend que la vie est comme ça, un jour on vit, et un autre jour on meurt. Désormais, tout ce qu’il vit est comme du bonus. Il va prendre sa vie en main, aller vers toutes les choses qu’il aime, aller vers tout ce que la vie peut offrir. Il va devoir apprendre à savoir qui il est réellement, à se construire et se créer sa propre identité, pour qu’un jour il puisse devenir au travers de ce corps, l’esprit qu’il est. A ce moment là de son existence, il n’a pas encore d’opinion définie en ce qui concerne le lien entre l’esprit et la vie dans notre monde, mais il se dit : Qu’il y ait ou non, une vie avant et/ou après notre vie actuelle, ça ne changera en rien cette vie présente, on ne la vivra qu’une seule fois. Alors, il la vivra comme il se doit, selon ses désirs, et dans le respect des autres et du monde. Sans qu’il en soit conscient, son « DOOEILS » venait de naître.

Dooeils

L’esprit libre dans un corps